Lâcher la peur pour apprendre à voler avec Natalia Subiri

Des rues de Londres au tapis de yoga, l'histoire de Natalia Subiri est un récit inspirant de courage et de réinvention. Pendant des années, elle a vécu dans la capitale britannique, urbaine, vibrante, alternative, magnétique, mais en elle quelque chose s'est mis à résonner autrement : un désir profond de renouer avec ses racines, son corps et sa vérité.

Cette quête — revenir à l'écoute de notre intuition — nous rappelle que parfois la vie nous demande de voler : voler léger, lâcher la peur et faire confiance.

Dans cet entretien, Natalia nous ouvre son monde : ses décisions courageuses, sa vulnérabilité… et sa lumière. Ensemble, nous parlons de ce que signifie oser, voler, tomber… et se relever.

Entretien avec Natalia Subiri @nsubiri par David A.

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Natalia, quand tu étais à Londres tu ne voulais pas partir, puis il y a eu un moment où tu as senti le besoin d'un changement. Comment as-tu fait ce saut, et pourquoi ?

Je crois que c'était une accumulation de signes. Cela faisait des années que j'étais à Londres, mais je ressentais une profonde nostalgie de rentrer à la maison, d'être près des personnes qui comptent le plus dans ma famille. Finalement, j'ai décidé de franchir le pas. Je suis rentrée en Espagne avec peu d'attentes, mais avec la détermination d'affronter de nouveaux défis. Parfois il faut affronter l'inconfort et accepter l'incertitude. Aujourd'hui je suis très heureuse d'avoir fait ce saut. Je sens que c'était ce que mon intuition me demandait : renouer avec mes racines, ma famille et moi-même.

Parfois il faut affronter l'inconfort et accepter l'incertitude

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À propos d'intuition : comment es-tu arrivée à l'acroyoga ? Te souviens-tu du moment où tu as volé pour la première fois ?

Oui, au début c'était un jeu. Mais peu à peu j'ai commencé à aller à davantage de cours et à voir jusqu'où les gens pouvaient aller. J'étais fascinée de voir des personnes voler au-dessus d'autres, par le yoga et l'acrobatie.

Ce n'était pas facile au début. Entrer dans des groupes d'acroyoga peut être intimidant : tu penses que tu ne vas pas trouver ta place, que tu déranges, que les autres sont meilleurs… il faut affronter ses propres insécurités.

Mais quelque chose en moi me disait de continuer. Et peu à peu, sans m'en rendre compte, ma vie est devenue acro, acro, acro… tout tournait autour de ça. Je suis tombée amoureuse de cette sensation de voler, de faire confiance, de partager. C'est devenu une part très importante de qui je suis.

Cette sensation de voler m'a complètement captivée.

Tu as beaucoup d'intérêts artistiques. Penses-tu que ton parcours artistique influence ta façon de comprendre et de pratiquer le yoga ? Trouves-tu dans le yoga une forme d'expression créative ?

Oui, absolument. Pour moi, le yoga est aussi un art du corps en mouvement. Je crois que toutes les formes d'art sont liées. Le yoga est très créatif, très inspirant. J'ai toujours eu la curiosité de développer des choses qui portent mon essence : peindre, bouger, m'exprimer.

L'art a toujours été un refuge, un lieu sûr. Et je sens que le yoga se connecte pleinement à cet espace. Il est créatif, inspirant, libre. Je crois que tout dans ma vie s'est relié : l'art, le mouvement, ma façon d'être au monde et à mon propre corps.

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Que représente pour toi le fait de faire partie d'une communauté d'acroyoga ?

Pour moi, la communauté est essentielle. Me sentir partie d'un groupe où je peux être moi-même, où nous partageons une passion commune, c'est vraiment beau. L'acroyoga permet de renouer avec le jeu, avec l'enfant intérieur, avec cette part de soi qui veut jouer, voler, rire, se salir, se tromper sans peur.

En cours je vois des médecins, des ingénieurs, des personnes aux vies « sérieuses », qui redeviennent soudain des enfants. C'est merveilleux. J'adore transmettre cette énergie : jouons, enlevons le masque de l'adulte, amusons-nous.

Et surtout, créer un espace où les gens se sentent en sécurité, soutenus, inclus. Parce qu'en acroyoga il y a toujours de la confiance : tu fais confiance à l'autre, à ton corps, au processus.

En acroyoga il existe certains rôles de genre : l'homme comme base, la femme comme voltigeuse. Tu as choisi de rompre avec ça. Comment s'est passé ce processus ?

J'ai toujours aimé voler, parce que je trouve ça délicat, acrobatique, féminin. Mais j'ai commencé à essayer comme base et je me suis rendu compte que je pouvais le faire aussi. On me disait : « tu ne peux pas être base parce que tu es une femme ». Et je me disais : eh bien je vais le faire quand même. Ce n'est pas une question de force brute, mais de technique : comprendre comment fonctionne ton corps, la biomécanique, l'équilibre.

J'ai été base et voltigeuse, et cela m'a donné beaucoup d'empathie, beaucoup de compréhension et, surtout, beaucoup de liberté. Je déteste qu'on me dise que je ne peux pas faire quelque chose. Je préfère essayer et le découvrir par moi-même. Je crois que supprimer les rôles est essentiel, pas seulement en acroyoga mais dans la société en général, et aider chaque personne à se découvrir, à sentir qu'elle a sa place et à s'amuser quels que soient son genre, son âge ou ses capacités.

Je crois que supprimer les rôles est essentiel, pas seulement en acroyoga mais dans la société en général

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Dans tes cours d'acroyoga, qu'essaies-tu surtout de transmettre à tes élèves ?

D'abord, créer de la communauté et de la confiance. Pour moi, appartenir à un tel groupe est fondamental : cela rend chaque pratique partagée. Peu importe qui tu es, nous partageons tous la même passion. Dans mes cours j'insiste aussi sur l'importance de s'amuser et de lâcher le sérieux des adultes. Je veux que les gens redeviennent un peu enfants : voler sans honte. Laisser derrière soi les rôles rigides d'adulte et retrouver cette innocence de sauter en l'air et de faire confiance à quelqu'un.

On peut jouer et s'exprimer exactement tel qu'on est. Je m'efforce que mes élèves se sentent en sécurité et soutenus. Je veux qu'ils sachent qu'il est permis de rire de soi, d'explorer sans pression. Amusons-nous, enlevons le masque et lâchons tout.

Je transmets aussi l'idée de ne pas rester sur un « je ne peux pas ». Je déteste qu'on te dise ce dont tu n'es pas capable. Je préfère que mes élèves essaient et découvrent par eux-mêmes. Si un élève ne se croit pas capable de quelque chose, je l'encourage : « Pourquoi pas ? Essayons et adaptons-le. L'acroyoga est pour tout le monde. »

Je veux que les gens redeviennent un peu enfants : voler sans honte

À propos d'émancipation : sens-tu que ton chemin dans le yoga t'a préparée à t'engager pour des causes sociales et environnementales qui te tiennent à cœur ? Comment tes valeurs influencent-elles ta pratique ?

Totalement. Le yoga m'a aidée à ouvrir les yeux sur l'injustice et le manque d'empathie dans le monde. Parfois nous restons dans notre bulle, déconnectés. Personnellement, je ne peux pas rester les bras croisés face à ce qui se passe.

Le yoga m'a appris à être consciente : si je vois quelque chose qui me paraît injuste, même de petit, j'agirai dans la mesure de mes moyens. Cela me fait mal qu'il y ait des gens qui semblent insensibles à la souffrance des autres, parce que nous vivons très déconnectés.

C'est pourquoi je crois que les enseignements du yoga (amour, compassion, conscience) me poussent à me battre pour l'égalité et la justice. Je comprends que défendre les causes qui me tiennent à cœur fait aussi partie du fait de vivre le yoga : c'est défendre avec force ce que nous croyons juste. Si à travers ma pratique je peux inspirer d'autres personnes à agir avec amour et courage, cela apporte déjà quelque chose de vraiment précieux.

Les enseignements du yoga […] me poussent à me battre pour l'égalité et la justice

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Beaucoup de tes rencontres d'acroyoga se sont déroulées en plein air, dans des parcs ou même dans la jungle. Comment la nature influence-t-elle ta pratique et ta vie ?

J'adore ce contraste : je suis très urbaine mais aussi très rurale. Je viens du nord de Madrid, d'une famille toujours très liée à la campagne et à la montagne. Pour moi il est essentiel de trouver ces espaces naturels où me ressourcer. J'ai besoin de m'échapper de la ville au moins quelques jours par mois : aller en montagne, à la rivière, voyager… cela me remet en contact avec mon essence.

La nature me nourrit et me recharge. Quand je marche en forêt ou que je regarde un coucher de soleil, je sens que je reviens à mes racines et que je me remplis d'énergie créative. Je crois que dans le mode de vie qui est le nôtre, nous oublions parfois l'essentiel. Être dans la nature me rappelle de vivre avec moins, d'être consciente de l'impact de nos actes. Nous devrions tous avoir cette connexion : elle nous rend plus empathiques envers l'environnement et entre nous.

La nature m'inspire humilité et émerveillement : elle me rappelle que nous faisons partie de quelque chose de plus grand et que nous devons vivre dans le respect de la Terre.

Nous faisons partie de quelque chose de plus grand et nous devons vivre dans le respect de la Terre.

Pour finir : qu'est-ce qui compte le plus pour toi, et quel message tes proches (ta grand-mère par exemple) t'ont-ils laissé pour t'inspirer à être qui tu es aujourd'hui ?

Et à propos d'amour : ma grand-mère a été la personne la plus importante de ma vie. Elle est partie récemment, mais elle m'a laissé une leçon immense : le plus important, c'est l'amour. Elle faisait toujours tout avec le cœur, elle donnait sans retenue. Elle disait qu'elle avait de la générosité à revendre, et elle était heureuse d'aider les autres. Je crois avoir hérité de cela, en partie.

Elle a réalisé son plus grand souhait : quitter ce monde en sachant qu'elle avait tout donné d'elle-même. Mon grand apprentissage est celui-là : continuer à donner de l'amour, même quand cela fait mal ou que les choses ne se passent pas comme je veux. Toujours tout faire avec le cœur.

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Cet entretien ne parle pas seulement d'acrobaties ni de yoga : il parle de quelque chose de bien plus profond, le courage de s'écouter et d'agir en conséquence. Le parcours de Natalia rappelle que le corps détient une immense sagesse : il sait quand il est temps de porter et quand il est temps de voler.

L'histoire de Natalia est aussi un hommage à celles et ceux qui nous ont appris à aimer, et un appel à transmettre cet amour dans tout ce que nous faisons : dans la pratique, dans le combat social, dans le soin de la planète et dans la façon dont nous habitons notre corps.

Parce que choisir de voler, ce n'est pas seulement s'élever : c'est choisir de vivre le cœur ouvert, choisir de faire confiance et choisir de revenir à soi, encore et encore. Merci, Natalia, de nous rappeler que la liberté commence par lâcher la peur et voler… voler haut, très haut !

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